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De L’ÉPÉE à HERMÈS

De L'ÉPÉE à HERMÈS

Merci à Pierre Lamard, professeur d’histoire industrielle au pôle « Humanités » de l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard, pour la réalisation du volet historique de cet article.

Luxe en Nord Franche-Comté : un savoir-faire historique, une modernité constamment renouvelée

Auguste L’Épée, le luxe de la précision

Auguste L'Epée - Sainte Suzanne (25)

Crédits photos : DR

Si Auguste L’Épée, d’origine suisse, né en 1798, acquiert une grande renommée dans le monde de la mécanique de précision, c’est avant tout dans le contexte horloger local autour de la dynamique beaucourtoise.

Avant de fonder sa société en 1839 à Sainte-Suzanne, il s’aguerrit aux principes de la machine-outil au sein des ateliers Japy-Frères qui imposent alors un nouveau modèle technique.

Très vite, Auguste L’Épée produit des boîtes à musique complexes, mécanise la fabrication de porte-échappements à cylindre pour réveils et pendules de voyage. Dans la continuité des principes du fondateur, Auguste L’Épée et Cie obtient ses premières médailles aux expositions universelles (Paris en 1889 et 1900, Vienne en 1892, Hanoï en 1902…), mais aussi au Royaume-Uni et en Amérique. La Manufacture reconnue mondialement pour ses échappements de plateformes de grande qualité, « l’âme de toute pendule », présente des systèmes très spécifiques pour l’époque, plaçant ainsi l’entreprise à l’avant-garde de l’horlogerie.

L'Epée

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Au XXe siècle, la société poursuit sa diversification en produisant d’autres mouvements mécaniques pour les instruments de précision (appareils de métrologie, taximètres, altimètre…).

L'Epée -1993 - Astronomia

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L’apparition du quartz contraint à une réorientation des fabrications surtout après la cession des activités par la famille en 1975. La nouvelle direction, toujours sous la marque L’Epée, opte pour la conception et les fabrications très haut de gamme dont les pendules d’officier. La Manufacture participe au projet aéronautique du Concorde, en équipant les premiers vols du supersonique d’horloges murales. La marque s’associe alors aux « Cristalleries de Baccarat » et à la « Maison Hermès » pour une série de pendulettes numérotées (mariage du Prince Charles, visite du pape Jean-Paul II, centenaire de la Statue de la Liberté).

Une pendule très complexe, « Astronomia » présentée à la foire de Bâle, et le succès de la plus grande horloge du monde dévoilée au Louvre en 1995, n’empêchent pas la fermeture du site de Saint-Suzanne l’année suivante. Aujourd’hui, la marque historique continue à rayonner sous la raison sociale L’Epée 1839, sise à Delémont en Suisse. Elle reste spécialisée dans les objets horlogers d’exception.

Depuis la fin du XXe siècle, un autre savoir-faire historique et luxueux commence à s’enraciner en Nord Franche-Comté…

Hermès séduit par le savoir-faire et le talent des « petites mains » du Nord Franche-Comté

Situé au centre d’une région d’élevage, le Nord Franche-Comté a développé très tôt le travail du cuir et la maroquinerie y a prospéré au cours des siècles afin de servir notamment les besoins de l’horlogerie (bracelets de montre) puis de l’automobile (sellerie). Le savoir-faire, les gestes précis et la qualité des réalisations n’ont pas manqué de séduire les plus grandes maisons françaises.

Filière cuir Nord Franche-Comté - Crédits photos : Maeva Schamberger pour PMA

Crédits photos : Maeva Schamberger pour PMA

Filière cuir Nord Franche-Comté - Crédit photo : Maeva Schamberger pour PMA

Un écosystème autour de la maroquinerie de luxe s’est ainsi progressivement mis en place. Plusieurs entreprises de la filière se sont installées en Nord Franche-Comté et ont trouvé les formations, compétences et partenaires leur permettant de se développer.

C’est le cas de la maison Hermès qui compte désormais trois manufactures en Nord Franche-Comté, toutes installées à proximité l’école Boudard et du lycée Les Huisselets, les deux établissements de la région réputés pour leur excellence dans les métiers du cuir.

L’histoire de la formation aux métiers du cuir en Nord Franche-Comté remonte aux années 1980 quand Robert Boudard – sellier prototypiste chez PSA, deux fois Meilleur Ouvrier de France dans les métiers de la sellerie et de la maroquinerie – décide de transmettre son savoir-faire au moment de sa retraite. Ainsi naît l’École de Sellerie-Maroquinerie d’Art Robert Boudard.

Au fil des ans, celle-ci structure un pôle national de formation et d’emploi en s’associant notamment au lycée Les Huisselets pour développer l’offre de formation et répondre au besoin croissant d’artisans selliers-maroquiniers hautement qualifiés et polyvalents.

Robert Boudard - Crédit photo : Claude Nardin

Crédit photo : Claude Nardin

Trois maroquineries Hermès en Nord Franche-Comté

Implanté depuis 1996 à Seloncourt (25), Hermès fait le choix de redonner vie au site des usines textiles du Pâquis à Héricourt (70) en y installant, en 2016, sa deuxième manufacture nord franc-comtoise. La Manufacture de L’Allan, construite sur le site de Technoland à Allenjoie (25), est quant à elle inaugurée en 2018 et vient compléter les effectifs comptabilisant aujourd’hui près de 800 artisans en Nord Franche-Comté.

Manufacture de L'Allan - Hermès - Crédit photo : Tim Platt pour PMA

Manufacture de L’Allan – Hermès – Crédit photo : Tim Platt pour PMA

Amour du travail bien fait, précision du geste, qualité durable du produit fabriqué, valeurs d’un artisanat de production… autant de facteurs clés de succès qui guident chaque jour dans les entreprises du Nord Franche-Comté les milliers de mains qui s’activent sur une très grande diversité de produits à destination des citoyens du monde.

« Pour réussir il faut un quart de savoir, un quart de faire, un quart de savoir faire et un quart de faire savoir. »  Charlélie Couture